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Pourquoi vos managers ne donnent pas de feedback et comment changer ça

il y a 7 jours
4 min de lecture
Photo de Amy Hirschisur Unsplash
Photo de Amy Hirschisur Unsplash

Demandez à n'importe quel collaborateur ce qu'il attend de son manager et le feedback arrive dans les premières réponses. Demandez aux managers pourquoi ils n'en donnent pas plus et les réponses sont tout aussi unanimes : pas le temps, peur de vexer, incertitude sur ce qu'on peut dire et comment. Le fossé entre ce que les équipes attendent et ce que les managers font est l'un des plus constants que j'observe dans les organisations.


Le feedback managérial, c'est une information donnée à un collaborateur sur ce qu'il fait, comment il le fait, et l'effet que ça produit, que ce soit pour renforcer ce qui fonctionne ou pour ajuster ce qui ne fonctionne pas. Ce n'est pas l'entretien annuel d'évaluation, qui arrive trop tard et concentre trop d'enjeux pour être vraiment utile. C'est une pratique du quotidien, brève, régulière, qui nourrit l'engagement et la progression. Et c'est précisément ce qui manque le plus dans la plupart des équipes.


Le manque de feedback est-il vraiment un problème sérieux ?


Les chiffres sont là. Les études Gallup sur l'engagement au travail montrent de manière constante que les collaborateurs qui reçoivent du feedback régulier sont significativement plus engagés, plus productifs et moins susceptibles de quitter l'entreprise. À l'inverse, l'absence de feedback est régulièrement citée parmi les premières causes de désengagement, avant la rémunération et les conditions de travail.


Ce que les collaborateurs vivent en l'absence de feedback, c'est une forme d'invisibilité. On travaille, on livre, on fait des efforts et personne ne dit rien. Ce silence est rarement neutre : la plupart des gens l'interprètent négativement. Un ingénieur dans une grande entreprise de services avait fini par demander à son manager si son travail posait un problème. La réponse : "non, pas du tout, pourquoi ?" Il avait alors expliqué qu'en six mois, il n'avait reçu aucun retour sur rien. Son manager était sincèrement surpris. Il n'avait pas pensé à mal, il n'avait simplement pas pensé à dire.


Pourquoi les managers ne donnent-ils pas de feedback ?


Trois raisons reviennent de manière quasi universelle.


La première, c'est la peur de la réaction. Donner un feedback correctif, c'est risquer une tension, une défense, un silence gêné. Beaucoup de managers préfèrent éviter cet inconfort, surtout quand la relation avec le collaborateur est par ailleurs bonne. Ce qu'ils ne voient pas, c'est que l'évitement crée un inconfort différé, bien plus coûteux : un problème qui grossit, une tension qui s'installe sans être nommée.


La deuxième, c'est l'absence de modèle. On n'apprend pas à donner du feedback dans la plupart des formations managériales. On explique ce que c'est, on donne une structure, mais on pratique peu. Or le feedback s'apprend par la pratique, pas par la théorie. Un manager qui n'a jamais reçu de bon feedback de son propre manager aura du mal à en donner naturellement.


La troisième, c'est le temps... ou plutôt, la croyance que ça en prend beaucoup. Un feedback utile peut tenir en deux minutes. Ce n'est pas un rendez-vous formel, ce n'est pas une conversation préparée pendant une heure. C'est une observation précise, donnée au bon moment, sur un comportement spécifique. "Ce que tu as fait en réunion ce matin — couper court à la digression — c'était exactement ce qu'il fallait faire" : voilà un feedback. Vingt secondes et un effet durable sur la confiance du collaborateur.


Le feedback peut-il faire du mal ?


Oui, quand il est mal calibré. Deux erreurs fréquentes : le feedback trop général ("tu dois être plus proactif") qui ne donne aucune prise concrète, et le feedback donné au mauvais moment (en public, dans l'urgence, ou quand la relation est déjà tendue).


Il y a aussi la question de l'équilibre. Un feedback uniquement correctif finit par décourager, même s'il est juste. Les recherches en psychologie positive suggèrent qu'un rapport d'environ trois retours positifs pour un retour correctif est associé à un meilleur apprentissage et à une meilleure résilience face à la critique. Ce n'est pas une règle absolue, mais c'est un signal : nommer ce qui fonctionne n'est pas de la flatterie, c'est une information utile sur ce qu'il faut continuer à faire.


Comment installer une vraie culture du feedback sans y passer sa vie ?


Deux leviers concrets, applicables sans réorganisation ni budget formation.


Le premier : commencer par le feedback positif. C'est contre-intuitif pour beaucoup de managers qui associent le feedback au correctif. Mais nommer ce qui fonctionne, de manière précise et régulière, crée les conditions de confiance dans lesquelles le feedback correctif sera mieux reçu. Une équipe qui entend régulièrement "voilà ce que tu fais bien et pourquoi ça compte" est une équipe qui ne vivra pas le feedback correctif comme une attaque.


Le second : créer des rituels courts et réguliers plutôt que des événements rares et lourds. Un point individuel de quinze minutes toutes les deux semaines, avec une question simple ("qu'est-ce qui a bien marché pour toi ces deux semaines et qu'est-ce qui a été difficile ?") vaut infiniment mieux que le seul entretien annuel. C'est dans ces espaces réguliers que le feedback devient une habitude, pas un moment redouté.

 
 
 

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