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13 % : le chiffre Gallup que les dirigeants n’osent plus regarder

Salarié pensif à son bureau, illustrant la question de l’engagement et du désengagement au travail

Si je vous dis que 13 % seulement des salariés français se déclarent engagés au travail, vous allez sans doute hausser les épaules. C’est le réflexe. Trop gros, trop abstrait, trop vu. Le chiffre tourne sur LinkedIn depuis des années, on a fini par s’y habituer, et c’est précisément ce qui devrait nous inquiéter.

Parce que 13 %, ce n’est pas une statistique parmi d’autres. C’est une évaluation directe de ce qui fait tourner ou non vos entreprises. Et derrière son côté répétitif se cache une réalité que la plupart des dirigeants à qui je le rappelle préfèrent ne pas regarder en face.


Que mesure vraiment Gallup ?

Le chiffre vient du baromètre annuel State of the Global Workplace, publié par l’institut américain Gallup. Édition 2025 : 13 % en France, 23 % au niveau mondial, 33 % aux États-Unis. La méthodologie repose sur 12 questions standardisées (le Q12) posées à des panels représentatifs dans plus de 150 pays. Les questions ne portent pas sur la satisfaction au travail (qui reste élevée en France), mais sur ce que Gallup appelle l’engagement : la propension d’un collaborateur à donner spontanément plus que ce que sa fiche de poste lui demande, à parler positivement de son employeur, à s’investir au-delà du contrat.

C’est là que beaucoup de dirigeants se trompent. Ils confondent « mes équipes ne se plaignent pas » avec « mes équipes sont engagées ». Ce sont deux mesures différentes. On peut être satisfait et désengagé. On peut faire son travail correctement, ne déranger personne, et avoir cessé depuis longtemps d’y mettre son énergie réelle.

13 %, ce n’est donc pas le pourcentage de gens qui aiment leur travail. C’est le pourcentage de gens qui le portent.


Pourquoi ce chiffre ne bouge pas (ou si peu)

Le chiffre Gallup oscille entre 6 % et 14 % en France depuis dix ans. Ce qui veut dire que, malgré les milliards investis dans les démarches de qualité de vie au travail, les chartes RSE, les plateformes d’engagement collaborateur et les fameux séminaires à la montagne, l’aiguille n’a quasiment pas bougé.

Ce n’est pas un hasard. C’est même très logique.

L’engagement, au sens où Gallup le mesure, ne se décrète pas par des dispositifs. Il se construit à travers la qualité du lien quotidien : la confiance qu’on accorde à son manager, la clarté de ce qu’on attend de soi, le sentiment que son travail compte pour quelqu’un quelque part, le droit à donner son avis sans crainte. Ces conditions sont gratuites en argent, mais coûteuses en attention managériale. Et c’est précisément l’attention managériale qui manque dans la plupart des organisations sous tension.

Tant qu’on cherchera à acheter de l’engagement avec des outils ou des événements, on continuera à faire stagner le 13 %. Tant qu’on commencera par re-poser les conditions du lien humain, on aura une chance.


Ce que la statistique cache vraiment

Voici le vrai problème avec 13 %. Si on le prend au pied de la lettre, on s’attriste, on se résigne, et on passe à la diapositive suivante du codir.

Si on le prend au sérieux, on se rend compte d’autre chose : sur les 87 % restants, environ deux tiers sont dans une zone qu’on pourrait appeler la « tiédeur active ». Ces collaborateurs ne sabotent rien. Ils font le job. Mais ils ont rangé leur ambition, leur curiosité et leur générosité quelque part. Ils attendent. Ils observent. Ils peuvent basculer dans un sens ou dans l’autre selon ce qui leur sera proposé dans les douze prochains mois.

C’est cette population-là, la zone tiède, qui est le vrai sujet stratégique. Pas les 13 % engagés (ils s’engageront tant qu’on ne les abîme pas). Pas les 5 à 10 % activement désengagés (ils partiront ou se feront repérer). Mais cette majorité silencieuse qui peut redevenir mobilisable si on s’occupe d’elle, et qui glissera doucement vers la sortie sinon.


Trois leviers pour ne pas être les 87 %

Dans les équipes que j’accompagne, trois leviers reviennent toujours quand on cherche à déplacer concrètement le curseur.

Le premier, c’est de reposer une finalité claire et partagée. C’est le F de la méthode F.O.R.C.E.© que j’utilise en intervention, et c’est la condition de base de tout engagement durable. Tant que vos équipes ne savent pas pourquoi elles existent au-delà de leurs livrables, elles ne peuvent pas s’engager.

Le deuxième, c’est de redonner du pouvoir d’agir aux managers de proximité. Ce sont eux qui font ou défont l’engagement, beaucoup plus que la direction. Les travaux de Gallup montrent que la qualité du manager direct explique jusqu’à 70 % de la variance d’engagement entre équipes. Investir dans leur formation et dans leur autonomie de décision a un retour bien supérieur à n’importe quelle plateforme SaaS.

Le troisième, c’est de mesurer autre chose que la satisfaction. Si votre baromètre interne se résume à « êtes-vous content de vos avantages ? », vous ne mesurez rien d’utile. Posez plutôt des questions sur la clarté des attentes, la reconnaissance reçue, le sentiment d’utilité, l’envie de recommander l’entreprise à un proche. Ce sont elles qui prédisent l’engagement réel.


Pour finir

13 % n’est pas une fatalité française. C’est un point de mesure qui dit où nous en sommes collectivement, et qui invite à reposer les bonnes questions plutôt qu’à empiler les dispositifs. Le chiffre ne bougera que quand suffisamment de dirigeants accepteront de regarder ce qu’il pointe vraiment : la qualité du lien dans leurs équipes. C’est moins glamour qu’une nouvelle plateforme. C’est aussi beaucoup plus efficace.

 
 
 

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